Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Actualités > Comment le cerveau apprend à lire

Résultat scientifique | Cerveau | Apprentissage

Comment le cerveau apprend à lire


​Des chercheurs de NeuroSpin (UNICOG) viennent de mettre en évidence comment la région spécifique à la reconnaissance des mots se développe lors de l'apprentissage de la lecture chez des enfants de cours préparatoire. Ce travail, qui a permis de localiser une « boîte aux lettres » dans l'hémisphère gauche, a été publié dans la revue PLOS Biology et a fait l'objet d'un communiqué de presse le 13 mars 2018.

Publié le 13 mars 2018

​Apprendre à lire est une acquisition culturelle majeure, qui conditionne l'ensemble de la scolarité et de la vie personnelle et professionnelle de tout un chacun. Mais comment le cerveau humain peut-il apprendre à lire et comment est-il transformé par cette nouvelle façon d'accéder au langage, non plus par les oreilles mais par les yeux ? Pendant un an, 10 enfants en cours préparatoire sont venus à NeuroSpin tous les deux mois pour aider les chercheurs à percer ce mystère. Les enfants ont regardé des images d'objets, maisons, visages, corps mais aussi des mots et des lettres dans une IRM. Leur tâche : appuyer le plus vite possible sur un bouton quand « Charlie » le personnage de bandes dessinées apparaissait.

Chacune de ces catégories d'image activait une région visuelle spécialisée, comme chez l'adulte. Et pour les mots ? Dès fin novembre pour certains enfants, une région, qui répondait plus aux mots qu'aux autres images, devenait visible : la « boite aux lettres ». Pour d'autres, cela prenait plus de temps et la réponse de cette région était proportionnelle à leurs performances en lecture. Un an plus tard, une fois la lecture de mots familiers automatisée, seules persistaient dans l'hémisphère gauche la « boite aux lettres » et la région de conversion des lettres en sons dans les régions temporales du langage oral.

Une fois la lecture automatisée, les chercheurs ont cherché à remonter le temps et étudier chez chaque enfant ce que faisaient ces régions, notamment la « boite aux lettres », avant de se spécialiser pour la lecture. Est-ce qu'apprendre à lire déplace les spécialisations déjà acquises pour d'autres catégories visuelles ou la « boite aux lettres » émerge-t-elle dans une région encore « libre » de toute spécialisation ? C'est la deuxième hypothèse qui a été vérifiée. L'équipe de recherche a également constaté que le développement de la lecture dans l'hémisphère gauche (l'hémisphère du langage oral) bloque le développement de la région qui répond aux visages dans cet hémisphère contrairement à ce qui se passe dans l'hémisphère droit. Cette compétition entre mots et visages à gauche, et pas à droite, aboutit à l'augmentation de l'asymétrie hémisphérique chez les lecteurs par rapport aux illettrés et aux dyslexiques observés dans de précédentes études.

Nous apprenons donc à lire aux enfants à un moment de plasticité de cette région, qui augmenterait sa réponse aux visages dans le milieu naturel. L'éducation a donc spontanément découvert les fenêtres de plasticité offertes par le calendrier de maturation du cerveau humain pour permettre un apprentissage efficace.

Et nos explorateurs ? Peut-être de futurs chercheurs gagnés par le virus de l'exploration et de la connaissance. En attendant, ils sont retournés à l'école avec leur cerveau en images et en 3D pour expliquer en classe comment les enfants apprennent. 

Légende : A) Mosaïque visuelle : Activations moyennes pour les différentes catégories visuelles à travers les 10 enfants et les 7 sessions de test, présentées sur une coupe horizontale passant par les régions temporales ventrales (la couleur du cadre correspond à la couleur de l'activation pour ce type d'images). Chaque catégorie visuelle active une région particulière pour des raisons liées au type de calcul fait par la région et à sa connectivité avec d'autres régions cérébrales. La réponse aux mots (en vert) apparait à gauche à côté de la région des visages et de celle des outils.
B) Activation spécifique pour les mots chez un enfant à trois moments clés, la fin de la grande section de maternelle où aucune réponse n'est visible, à la fin du CP où la « boite aux lettres » est en place (flèche verte) mais de nombreuses autres régions liées à l'attention interviennent du fait de l'effort de lecture, et à la fin du CE1 où la lecture automatisée ne fait plus appel qu'à un nombre réduit de régions : la « boite aux lettres » (qui reconnait les lettres) et la région de conversion des lettres en sons (flèche orange) 



Cette étude a fait l'objet d'un communiqué de presse le 13 mars 2018.

Haut de page