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Comment rendre les biomédicaments moins immunogènes ? Réponse avec un anticorps monoclonal à visée anti-inflammatoire


​Une équipe du SIMoS, en collaboration avec l'hôpital Bicêtre, montre que le certolizumab pegol, un fragment d'anticorps monoclonal pégylé à visée anti-inflammatoire, est moins susceptible de déclencher une réponse immunitaire indésirable que la forme non pégylée. Un résultat prometteur pour le développement de nouveaux anticorps thérapeutiques qui explique en quoi la pégylation est associée à une baisse de l'immunogénicité.

Publié le 20 juin 2022

​LA PROBLÉMATIQUE DES ANTICORPS THÉRAPEUTIQUES

L'introduction des produits biopharmaceutiques (PB) ou biomédicaments [1] constitue une véritable révolution thérapeutique et a déjà apporté des avantages cliniques évidents aux patients souffrant de maladies inflammatoires chroniques telles que la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn et certains cancers. Cependant, ce type de traitement est confronté au problème de l'immunogénicité des PB, c'est-à-dire leur capacité à déclencher une réponse immunitaire qui se traduit principalement par la production d'anticorps dirigés contre eux (anti-drug antibodies), diminuant ainsi leur efficacité. Les anticorps monoclonaux [2] constituent l'une des classes de biomédicaments les plus développées et pour lesquelles le problème de l'immunogénicité demeure un obstacle important pour leur utilisation en clinique.

UNE SOLUTION ?

La pégylation [3] des PB est la stratégie la plus courante pour augmenter leur demi-vie dans le sang et est associée à une immunogénicité réduite. Dans cette étude, les chercheurs ont étudié la réponse des lymphocytes T au certolizumab, un fragment d'anticorps monoclonal dirigé contre une protéine produite en excès au cours de la maladie de Crohn, le TNFα [4], dans sa forme pégylée (certolizumab pegol, CZP) ou non (CZNP). Les lymphocytes T sont les cellules impliquées dans l'initiation des réponses immunitaires et, en particulier, la réponse en anti-drug antibodies. Ces cellules sont stimulées par la présence des molécules immunogéniques et par d'autres cellules appelées cellules dendritiques. Les chercheurs montrent que la pégylation réduit la capture du certolizumab pegol par les cellules dendritiques et sa capacité à stimuler les lymphocytes T. La pégylation diminue donc les signaux d'activation qui amorcent la réponse en anti-drug antibodies.

La démonstration des mécanismes conduisant à une plus faible immunogénicité du certolizumab pégylé par rapport à sa forme non pégylée devrait s'avérer utile et prometteuse pour le développement de nouveaux anticorps thérapeutiques.  

Contact : Bernard Maillère (bernard.maillere@cea.fr)

Voir également :
Actu Joliot : Institut des sciences du vivant Frédéric Joliot - Évaluation de l'immunogénicité de peptides-médicaments contenant des modifications non naturelles (cea.fr)
Dossier DCOM : Biomédicaments et bioproduction : innover pour demain

[1] Les biomédicaments présentent la particularité d'être produits à partir d'une source biologique vivante telles que des cellules ou bactéries.
[2] Les anticorps monoclonaux sont produits en laboratoire par des cellules sélectionnées en culture pour leur capacité à produire un anticorps dirigé contre un seul antigène (molécule étrangère à notre organisme). Plus de 30 anticorps monoclonaux thérapeutiques sont commercialisés en France (source : Vidal)
[3] La pégylation consiste à coupler (conjuguer) par voie chimique de chaînes de polyéthylène glycol (PEG), une molécule organique de haut poids moléculaire, à des molécules biologiquement actives.
[4] Le TNFalpha (Tumor Necrosis Factor) est une molécule qui intervient dans les processus inflammatoires et les réactions immunitaires.


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